Le PS se rêve en "rempart" face à Sarkozy pour les municipales
Le 20/01/2008 à 18h19 GMT
par Laure Bretton
PARIS (Reuters) - Le Parti socialiste s'est mis en ordre de bataille dimanche pour les municipales, François Hollande sonnant le rappel face à des "éléphants"
rassemblés dans un même lieu - Dominique Strauss-Kahn compris - pour la première fois depuis huit mois.
"Carton jaune", "avertissement très sévère", "test national": tous les orateurs du forum de la rénovation puis de la réunion des secrétaires de sections socialistes
ont appelé au vote sanction contre la politique de la droite, notamment en matière de pouvoir d'achat.
"Il ne faut pas attendre que l'exaspération nous porte à un moment à la tête du pays, c'est maintenant que nous devons être utiles", a lancé François Hollande, huit
mois après la "grande espérance" déçue de la présidentielle.
"Les élections municipales, ce doit être le seul objectif des socialistes pendant sept semaines, qu'ils n'aient d'yeux tournés que vers cet objectif là et sur rien
d'autre", a intimé le premier secrétaire, à l'heure où certains semblent vouloir engager la bataille de succession, Ségolène Royal en tête.
Son discours, dans lequel il a pris soin de saluer nommément tous les ténors, s'est terminé par une standing-ovation des milliers de militants réunis dans la salle
de La Mutualité.
A l'applaudimètre avant lui, l'ancienne candidate à l'Elysée l'avait emporté sur Bertrand Delanoë et Laurent Fabius, dont les interventions avaient soigneusement été
séparées par l'apparition sur scène de candidats inconnus.
"Nous sommes là, prêts, unis", a assuré François Hollande sous l'oeil de son ancienne compagne, entourée de ses proches, François Rebsamen, Jean-Louis Bianco ou
Vincent Peillon.
"Certains sont même venus de Washington, c'est dire si nous sommes unis", a-t-il plaisanté en allusion à directeur général du Fonds monétaire international (FMI) qui
a fait une apparition surprise dans la matinée à la veille d'un entretien avec Nicolas Sarkozy sur la situation économique mondiale.
Si la droite avait confiance, à sept semaines de l'échéance, "ils brandiraient avec fierté le bilan des huit derniers mois, des cinq dernières années (...) Ils
diraient: 'regardez la croissance!' Ah non! Ils ne peuvent pas le dire", a dénoncé le premier secrétaire.
"Un débat à droite fait discrètement rage entre ceux qui veulent nationaliser, politiser ces élections et les autres", a renchéri Ségolène Royal.
Ils sont "de moins en moins nombreux sur le terrain à se réclamer du bilan de Nicolas Sarkozy qui disparaît même subrepticement des documents de campagne. Ce doit
être une erreur des imprimeurs", a raillé la présidente de Poitou-Charentes, demandant aux 36.000 candidats du PS d'être des "combattants pour rivaliser d'imagination et d'action face à une
droite qui aggrave les injustices et les déficits".
Le Parti socialiste "doit être un rempart contre la politique économique et sociale dangereuse" de la droite, a expliqué Bertrand Delanoë, après s'être absenté dans
la matinée le temps de poursuivre sa "campagne de terrain" pour la mairie de Paris.
Le chef de l'Etat "avait dit qu'il serait le président de l'augmentation du pouvoir d'achat. Tous les mots y sont mais pas dans le bon ordre: l'augmentation du
pouvoir d'achat du président", a dénoncé à son tour Laurent Fabius, demandant aux Français d'adresser un "carton jaune" au gouvernement et au président.
"Carton rouge", a répliqué la salle. "Nous n'avons malheureusement pas le pouvoir d'expulsion", a-t-il rebondi.
Hermétique à l'humour de ses prédécesseurs à la tribune, l'ancien Premier ministre s'est fait plus cassant quand il s'est agi du PS.
"Nous avons des atouts et si nous ne gagnons pas cela ne pourrait venir que de nos propres insuffisances", a estimé celui qui se pose en "sage actif" depuis
l'automne.
Trois dangers menacent les socialistes selon lui: la division, la "dispersion" quand ils s'occupent de stratégie interne et la "dilution" quand ils font des "clins
d'oeil à la droite" - allusion aux listes communes avec le MoDem de François Bayrou.
Assurant venir en simple militant, voir ses "amis", "DSK" n'a pas pris la parole à la tribune et ne s'est pas montré de l'après-midi.
"Je suis de très près ce qui se passe. Je reviendrai un jour en France", a déclaré l'ancien ministre de l'Economie à son arrivée, avant de jouer les
incrédules.
"Je ne vois même pas de qui vous voulez parler", a-t-il répondu quand on lui demandait son impression face à "ceux et celles" qui se lancent à l'assaut de la
direction du parti.
Vous l'avez dit